Qu’est-ce donc qui se joue et se rejoue encore, dans ma pauvre petite carcasse terrorisée au moindre bruit du dehors, ces chiens stupides qui aboient la stupidité de leurs maîtres, ces gosses perdus sans parents qui jouent juste à crier, ces bagnoles trafiquées pour rugir plus fort que le voisin, cette ville qui n’en est pas une, ce village qui n’en est pas un, ces gens qui sont trop gens.
Je tremble de rage, de colère,
de frustration et d’impuissance en même temps.
En même temps. Plus de graduation, pas de graduation, le volcan et le tsunami concomitants, l’obsession du pas-là-mais-qui-va-arriver-dans-cinq-minutes-cinq-heures-cinq-jours-cinq-mois-cinq-ans peu importe, il n’y a plus de temps ni d’espace,
juste le rêve chimérique d’un partir qui ne résoudra rien, pas ça, pas ce truc-là en moi, et auquel je m’accroche comme à un beau cannibale.
C’est une photo, mais je me dis que ça pourrait tout aussi bien être un photogramme extrait d’un road-movie. Par un effet d’identification je me retrouve à la place du conducteur, avec ses mêmes réflexes. La ligne blanche m’interdit de dépasser. Ce paysage qui ne semble exister que pour être vu en défilant se fige et m’interroge comme pourrait m’interroger une nature morte. Mon regard, par conducteur interposé, m’oblige à regarder loin, j’entre dans une ligne de fuite, j’aperçois une voiture qui vient au loin. Pas de danger en vue . Mon regard fait un zoom arrière et c’est cet arbre sur la gauche sur lequel je m’attarde. Un pauvre arbre sans ses feuilles, dans le froid ,car il fait froid dehors, on est en hiver sur une route je ne sais où ; le sol est gelé. Je vois un reste de neige au pied de l’arbre… Les rayons de soleil qui viennent de l’est donnent du volume à ces merveilleux nuages qui prennent les trois quarts du cadre. Je me surprends à me demander si le photographe est il entrain de partir comme part le poor lonesome cow-boy ou bien est-il en train de revenir chez lui? Je veux croire qu’il est sur le chemin du retour où le bonheur l’attend. Je ne le saurai jamais. Tout ce que je sais par expérience , c’est que passent les saisons, l’arbre aux beaux jours retrouvera ses bourgeons, ses fleurs et ses feuilles. La mélancolie qui se dégage de la photographie est provisoire. Pourquoi est ce poème d’Appolinaire qui me revient avant de tourner la page?, « Passent les jours et passent les semaines Ni le temps passé Ni les jours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine ».
Radha-Rajen Jaganathen (sur facebook ici)
Photos RV
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(C’était donc tout mensonge, ma solidité ?)
H. Michaux, « Jouer avec les sons, Passages
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Tu t’étais cru fort, tout te paraissait tellement plus simple – tellement plus simple, combien de fois l’avais-tu répété ? – tu n’attendais plus rien, disais-tu, ce n’était que prendre ta voiture, avaler ces kilomètres, un aller-retour, sans plus, rien là de dramatique, non, tu n’aurais pas dit « blindé », pas ton vocabulaire, plus costaud peut-être, moins apte à devenir proie – il existait un mot, mais lequel ? – c’était si peu, le temps d’un week-end, sans attente, non, fini l’espoir ou la hantise d’un dénouement, tu croyais que du passé on pouvait se prémunir, qu’il suffisait d’un récit, qu’à force de brasser on savait mieux quels mots et qu’ainsi s’en défaire de ses charges, mettre à distance les cris douleur, apprivoiser les fantômes, l’aménager tout ce grand vrac de l’intérieur, tu croyais qu’en faisant bonne figure, qu’en avançant masqué sans n’attendre plus rien, parce que l’envie de souffler et des combats que l’on croirait diversion, à force, à force ils vous cachent l’essentiel, disais-tu, vous embrigadent dans leur néant, alors prendre la voiture et t’engager sur l’autoroute – au retour tu frôleras la mort dans la nuit, freiner encore, freiner, s’arrêter l’aire suivante et que les mots sortent pour se dire qu’on n’en veut plus de tout ça – pas même la musique cette fois-ci, la voix qui t’a portée raconte aux enfants, et tu te sens tellement loin, sans crainte aucune, tu le savais pourtant, il suffit d’un mot, d’un regard, pour un oui, pour un non, tu l‘as lu, soupesé, médité, oui, tu le connais ce matériau humain, il suffit d’un mot, d’un regard, et c’est plus qu’une plaie qui fait surface, pas de cloisons étanches, non, tout est là disponible, pas d’enchâssement au passé, matériau volatile, quelle différence, quand venu là pour un baptême, ou fêter majorité, pas de temps pour ce qui là, que corps s’élancent ou ratatinent n’était pas la question, que les voix tremblent ou les yeux s’obscurcissent n’importait pas, un mot, un regard, et ce qui figé, ce qui fige, disais-tu, quand la certitude de ne plus s’y reconnaître, quand la jouissance du devenir et du risque et que le clos et l’amer, passer, disais-tu, ne faire que passer, et jamais ne se résoudre à la fuite
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Merci pour ce texte et cette photographie que j’adore, Michel.
A mes lecteurs : Michel Brosseau est à lire sur son blog, et aussi sur publie.net.
Les autres vases-communicants d’aujourd’hui (liste peut-être non exhaustive) :
Futile et grave et Juliette Mezenc
L’employée aux écritures et Les hublots
Le blog à Luc et Enfantissages
Koukistories et Biffures chroniques
Soubresauts et Kafka transports
Pendant le week-end et Kill that marquise
Tiers livre et Fragments, chutes et conséquences
Les marges et Paumée
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L’inactivité de ce blog ces derniers dix jours ne signifie pas son abandon, mais plutôt la congélation provisoire de mes idées de photos, au regard de -pardon pour la chute brutale du niveau de langue- ce putain de temps de merde. Essayons tout de même d’en sortir un truc esthétique, va. On aura gagné la journée :
Vendredi se prépare une autre édition des vases communicants, et à cette occasion j’ouvrirai mon espace à Michel Brosseau. Un auteur, comme bien d’autres à découvrir, du site publie.net, pionnier de la littérature sur internet, et pas que : pionnier de la littérature moderne, tout simplement.
Si on m’avait dit que je pourrais côtoyer des gens de cet acabit, je l’aurais jamais cru, jamais. Et le premier ou la première qui me dit « c’est virtuel », je lui mets la mienne, de virtualité, dans les dents !
Non mais.
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Triste réalité,
mais comme la lecture ne dépend pas du contenant mais du texte lui-même, quoi que disent les dominateurs contrariés et nostalgiques du non disparu livre-papier,
cette bibliothèque universitaire va devenir un poil, un chouïa plus gaie au prisme de mon Picasa, hop là, deux trois bidouillages, ça me fait ma journée moi je dis,
et cliquez, cliquez, recliquez sur publie.net, et noyez-y vous (ou noyez vous-y ?) – enfin quoi, il faut réapprendre à lire tout le temps, croyez-moi, je ne lisais plus depuis tant de temps, et l’écran a rallumé l’envie.
Note : la photo originale est de R. Buono, merci beaucoup Raphaël !
Toutes les photos d’aujourd’hui sont © Pierre R. Chantelois
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Le titre de ce billet est emprunté à Félix Leclerc, chanson La nuit du 15 novembre.





























